La politique est un sport de glisse. Les plans sont glissants, les projets patinent, les programmes dérapent.

Notre quinquennat finissant n’a échappé ni à la règle, ni à la fatalité par lesquelles rien n’advient comme prévu.

Pour sauver les banques menacées par la ruine des « sub primes » le gouvernement précédent avait dû « trouver l’argent où elle était » comme on disait naguère. Les prélèvements obligatoires s’étaient envolés et la dette nationale s’était creusée selon l’orientation des axes de référence des commentateurs politiques.

Après avoir déclaré la guerre à la finance, le successeur a cherché partout des capitaux.

 

Se sachant endetté, le Roi Ubu a encore emprunté pour payer ses fonctionnaires anciens et nouveaux. Il a cru investir en empruntant toujours alors qu’en fait ce sont les prêteurs qui investissent ! Comme il faudra bien un jour payer les intérêts et rembourser le capital, on a laissé gentiment ce soin aux générations futures. Nos ancêtres étaient autrefois très nombreux aux champs et évitaient de « manger leur blé en herbe ». Les citadins d’aujourd’hui veulent ignorer les viles contingences de la production et ne se soucient guère que de consommer « un max » au moindre prix.

La dette et les prélèvements trouvèrent un élan nouveau dans l’inconscience et l’insouciance. Les budgets de fonctionnement enflèrent au détriment des projets notamment industriels.

À force de prôner la vertu des entreprises sans usines, d’enchérir la main d’œuvre par des prélèvements supérieurs à ceux des pays concurrents, nous avons accrédité l’idée selon laquelle il vaut mieux n’avoir pas de personnel. Nous nous insurgeons aujourd’hui contre les délocalisations. Nous nous étonnons du délabrement de l’industrie, de la décroissance de l’emploi industriel, du déséquilibre de la balance commerciale, de la persistance du chômage.

Nous nous sommes félicités de notre natalité, la plus belle d’Europe. Nous avons rogné quelques avantages accordés à la famille car en religion collectiviste tout doit procéder de l’omnipotence étatique. La famille y est haïssable pour sa prétention d’être le premier niveau de la solidarité et le premier dispensaire de la culture. Sus aux inégalités ! Et peu importe la médiocrité pourvu qu’elle soit équitablement répartie !

Cette politique fait déjà sentir ses effets que sont la baisse de la natalité, le déclassement international de notre système d’enseignement, la rareté de nos grands projets.

Nous voilà en cours d’installation sur les starting-blocks de l’élection présidentielle.

Après avoir dénoncé la dette et le chômage, nous allons, une nouvelle fois, partir pour tenter de les mettre hors d’état de nuire aux partis au pouvoir.

Depuis plus de cent-cinquante ans les programmes politiques se proposent d’éradiquer la pauvreté. La série en fut ouverte par « l’extinction du paupérisme » de Louis Napoléon Bonaparte. De règnes en septennats, puis de septennats en quinquennats elle fut toujours reprise sous différentes appellations avec quelques variantes de modalités.

Son dernier avatar est le salaire universel qui déjà n’est plus universel mais le deviendrait à terme, si le Dieu des Alternances et le Dieu de la Continuité en venaient à s’accorder. En attendant cette éventualité, la pauvreté diminue dans le monde et prospère chez-nous, attachés que nous sommes aux nivellements vers le bas.

En notre pays d’agriculture nous sommes les champions du monde incontestés de la culture du paradoxe.

Nous n’avons pas de pareils pour affamer les cultivateurs qui nous nourrissent, pour payer des gens à ne rien faire, pour diviser ceux qu’il faudrait unir et, en plaise à Dante, pour faire de notre pays à la fois un Paradis, un Enfer et un Purgatoire.

Cerise sur le macaron, après avoir déclaré la guerre à la finance, des ci-devant ennemis de la finance veulent installer les financiers au pouvoir par l’entremise d’un banquier !

Dis-donc peuple souverain : « Ne sais-tu pas que tu es au ciel… et que ce qu’on y fait vient d’un bon zèle ? » (Dante Alighieri ; 1265-1321 ; Le Paradis.)

Pierre Auguste
Le 19 avril 2017